Si la musique est l’art des sons, nous savons combien le silence est important dans le chant (parfois aussi pour la prière). Sans le silence, pas de relief, pas de rebond ; sans le silence, l’oreille et le souffle s’épuisent. Trop-plein de sons, notre monde est débordant de bruits. Et voici le silence de la Covid, inattendu, qui vient comme un voleur. Un arrêt sans mesure, un soupir sans tempo… un vide ? Que non ! Chaque respiration résonne, que l’on n’entendait plus ; chaque être est présent, tant il nous manque ; chaque communauté se cherche, se retrouve autrement. Ainsi des paroisses, des monastères, des chorales, des comédiens, des artistes… Il faut quand même se le demander : la messe vous a manqué ? Pas sûr.

Les initiatives sont souvent privées ; le monde institutionnel un peu à la ramasse, comme désarmé. Plus de messe, diantre ! Les clercs seraient-ils désœuvrés ? Si l’eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne – dixit Vatican II – aurions-nous oublié qu’il n’est de source et de sommet qu’à l’aune de la Vie ? Par la capillarité des réseaux – ce monde que l’on dit faussement virtuel, car il y a quelqu’un derrière chaque ligne, chaque photo, chaque vidéo – voici des signes, des invitations, des retrouvailles ; en musique, en chansons, en art… Dieu présent, dans tous les sens du terme. Et, comme il se doit avec Dieu, l’autre qui se fait proche. De ce temps-là, si terrible, si éprouvant par ailleurs, il reste quelque chose de bon.

Mais, même si l’on dit « rien ne sera plus comme avant », il est permis et salutaire de douter. Le bruit assourdissant revient : les soubresauts récurrents des peuples, les images désordonnées des écrans, les mensonges qui s’étiolent, les cris, les faims, les soifs, les peurs ; et le courage, le don, l’Homme debout. Tandis que tout se brouille, tout devient clair : la fin, peut-être ? Promise, elle viendra. Mais on ne sait ni le jour, ni l’heure. Alors, n’en déplaise à  ceux qui s’attardent au futur antérieur ou au passé recomposé, restons éveillés – pour demeurer veilleur – et chantons ce monde-là, retrouvé en Dieu dans le présent de nos vies. Chantons ce monde de la Création où le Royaume, déjà, est présent. Parce que l’espérance, nous le savons, ce n’est pas l’attente mais le chemin.
Silence… à nos plumes !
Jean Yves