La fin janvier n’est pas si loin et le doute plane sur la possibilité de tenir notre assemblée générale annuelle et notre atelier de formation. Cela ne doit pas nous empêcher de participer à l’atelier virtuel, dans l’attente des décisions qui se prendront certainement dans les dernières semaines – nous y travaillons – en envoyant nos textes et nos musiques, ce qui est une manière de nous réunir. Et aussi, le thème retenu nous y oblige, de témoigner de l’espérance !

Les messes retransmises sur les réseaux se sont multipliées durant le confinement. Réflexe salutaire ou manque d’imagination ? La célébration eucharistique n’est pas une image, fut-elle en mouvement, mais le pain et le vin partagés. Sans ce partage concret, charnel, que penser de ce sacrement « mimé » pour le « spectateur » ? N’est-il pas triste de voir que le clergé, les paroisses, les monastères n’aient eu à proposer que ce rituel distant comme unique expression commune de notre appartenance ecclésiale ? Serions-nous incapables d’inventer d’autres formes de retrouvailles, adaptées au média ? Parole, témoignages, chants, musique…

« Prenez et mangez » dit le Seigneur. Le prêtre le rappelle dans le mémorial de chaque eucharistie. Prendre est un geste. Accueillir sur la langue aussi. Est-ce le même mouvement ? Celui qui prend tend la main à Celui qui l’élève ; celui qui reçoit sur la langue Lui fait part de son humilité… mais ne « prend » pas. L’un se sent-il digne, l’autre moins ? Les mots du rituel ont-ils si peu d’importance qu’on puisse les dire sans faire ?
La tâche de l’auteur est de cet ordre que de témoigner de la Parole et de susciter une émotion qui la traduit. Mais il faut choisir : digne ou indigne ? La musique en dépend.

Lu sur les réseaux sociaux : « Quand on pense que Dieu a viré EVE du paradis parce qu’elle a croqué la pomme et non parce qu’elle était nue… on a vachement régressé ! » Théologiquement, c’est très discutable. Bien sûr, il ne s’agit pas de blagounettes surgies sur les ondes chrétiennes (oserait-on ?), mais colportées hors du sérail. C’est bien que la culture du monde reste imprégnée de ces images séculaires issues d’une lecture simpliste de la Parole. Et nous, ne reprenons-nous pas dans nos textes et nos musiques des facilités convenues, accessibles ? Il nous faut parler à ce monde-là, ici et maintenant, détricoter toutes ces mailles mal montées et ajuster l’habit nouveau… en paroles et en musique !

Laudato Si’, Fratelli Tutti… trop tard ? Il y a un fort mouvement d’ouverture à toute l’humanité dans ces encycliques-là ! Du grain à moudre pour des décennies. Mais qui va y croire, dans ce monde incertain ? Et combien dans l’Église ?…

Ainsi en est-il peut-être de l’espérance. Comme une musique, avec ses silences, moments d’incertitude ou d’attente, quand la suite se fait désirer. Comme l’écrivain, la plume en l’air, qui sait que les mots de l’émotion seront peut-être au rendez-vous. Peut-être…

A vos plumes !

Jean Yves